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vidéo, du latin video, je vois. Deux mots pour s’inventer hors du temps. Play, replay, le geste se ré invente, lire, relire, dans un sens, puis dans un autre sens. Une chose, son contraire, à force de répéter un mot nous pouvons parfois réussir à en évacuer le con-texte. L’expérience est insolite, elle joue les écarts avec la matérialité d’une langue tout à la fois pâteuse et indéfinie. Dire, redire, une chose, son contraire, au début, l’arrivée.

Consulter, rafraîchir, restaurer un contexte, extraire. Au jeu de la re lecture s’additionne les amorces. À la question comment commencer ? suit irrémédiablement une autre question, comment recommencer ? répéter, refaire; au commencement, lecture anachronique du médium  vidéo, mot emprunté à l’anglais, du latin video, “ je vois”.

Le terme générique de vidéo englobe un ensemble de genres et de pratiques : cinéma documentaire, cinéma d’animation, fiction, clip, video art, expérimental, vjing, film d’auteur, tutoriel… sur chaîne video… tube, sur vlog, au musée et même dans les salles obscures… La vidéo se donne naturellement comme réceptacle de cette multiplicité de supports. La matière même du cinéma s’explore du bout de la tête de lecture tant il est devenu facile de consulter des retranscriptions numériques des vues du cinématographe. Une réception des oeuvres qui se trouve bouleversée par une modification presque phénoménologique de la lecture des médias. L’intermédiaire vers la re découverte de nos archives filmiques se délivre en quelques clics.

Reproduire, retranscrire, encoder, l’expérience “vidéo” est une traversée porteuse de sens à condition de regarder ces “petites“ trahisons de l’objet originel comme le reflet, la copie singée, la “traduction“ consentie d’une forme d’allégorie nécessaire à la consultation. Il appartient à chaque époque de s’approprier les images du passé et d’en proposer une vision à venir.

Analyser, interpréter, traduire, n’est-il pas inouïe de pouvoir vivre une “expérience de cinéma” calmement assis sur sa chaise d’ordinateur et d’en maitriser le contrôle temps ? de pouvoir sélectionner des extraits vidéos, d’en jouer la lecture, la relecture ? Devons-nous nous interroger sur le fait que nous ne faisons pas là une expérience à proprement parler de cinéma? mais plutôt une transposition voir une traduction de l’expérience première du cinématographe. Il n’est plus question d’original ou de copie mais plutôt de différence de consultation et de réception, peut-être aussi de différence de lecture.

Traduire porte les signes d’une trahison, d’un geste à la limite de l’impossible qui consiste à réaliser un transfert. Les variations de perceptions sont autorisées. Un processus d’écriture est aussi soumis à ce type de déclinaisons. Faire, refaire, reprendre, lire, relire. Pourquoi ne pas tenter un pas de côté et considérer ces digressions et glissements de sens comme pré-textes à la prise de distance nécessaire à l’élaboration d’une écriture. Après tout nous pouvons écrire plusieurs fois la même chose et ne pas l’entendre de la même manière. “ Je vois”. Serait-ce un fantasme mimétique qui se réaliserait par des séances intensives d’observation? Copieur copié d’un “réel supposé”, d’une vision en mouvement que l’on tenterait de fixer.